• Le tilleul de saint Waast

    Les génies des bois aiment la lumière mais pas la pleine clarté. Ils préfèrent les lueurs, les reflets, les moirures des étangs, les crépitements du feu, les rais qui passent à travers les branches et où dansent des poussières de hasard.

    Les esprits forestiers se plaisent dans les sylves anciennes et sauvages, où la féérie s'écrit en brumes et en souches pourrissantes, en lichens bizarres, en champignons hallucinogènes, en feuilles mortes que les décompositions réduisent en dentelle ; avec des larves, des araignées, des chauves-souris, des hiboux qui hululent, des loups qui hurlent...

    On raconte, dans le Vexin, en Picardie et dans le nord de la France, qu'un jour un mendiant arriva dans un village. Il se nommait Gobiet, Goblet ou Gobieux (nom proche de Gobelin que l'on applique à des gnomes vifs et colériques, rancuniers et cruels).

    Le pauvre Gobiet demanda asile. Les habitants le lui refusèrent. Le loqueteux lèva son bâton et prononca une malédiction : sur la place de l'église, la fontaine communale cessa de couler. La source en est tarie. Gobiet trouva refuge à une lieue des maisons, dans une clairière de la forêt. Il brandit à nouveau son bâton : la fontaine perdue rejaillit à ses pieds, tandis qu'un tilleul poussa et enserra le bassin dans ses racines.

    Depuis ce temps, l'arbre est devenu gigantesque. On le tient pour sacré. Les villageois punis, doivent marcher pendant une lieue pour remplir leur seaux. La fontaine de la commune ne coulera à nouveau que lorsqu'un gobelin aura reçu le baiser d'amour d'une jeune fille pure.

    tilleul-arbre


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