• Les fées hantent la forêt. Impossible de les voir en plein jour ! 

    En Vendée, en Charente ou en Poitou, à Lusignan, vit la fée Mélusine. 

    Un jour, Elinas, le roi d'Ecosse, sème ses suivants dans une partie de chasse. Il entre dans une clairière où coule une source pure. Nue, blonde et merveilleuse, la fée Persine s'y baigne. Le roi en tombe amoureux. Elle accepte de l'épouser. Le mariage a lieu et le bonheur règne. 

    Deux filles naissent : Mélior et Palestine. 

    La fée Persine est enceinte de la troisième, Mélusine. 

    Un courtisan perfide sème le doute dans l'esprit d'Elinas. Mélusine vient au monde. Le roi épie la reine. Persine s'aperçoit du parjure et se volatilise avec ses enfants.

    Mélusine, ses soeurs et sa mère gagnent le pays mythique d'Avallon, au-delà des mers. Mélior devient la bergère des étoiles filantes et Palestine la princesse des cygnes blancs. Quant à Mélusine, elle épousera un humain et aura avec lui une nombreuse descendance. Elle sera la plus désirable des créatures. 

    Cependant, chaque samedi (le jour du sabbat des sorcières), la moitié inférieure de son corps prendra l'apparence d'une queue de vipère. Son amant ne devra jamais la contempler dans cet état.

    Mélusine s'établit en terre de France, quelque part en Poitou-Charentes, dans la forêt de Lusignan, de Moulière ou de Chizé. Elle se baigne nue, blonde et offerte, dans le cristal d'une source. Le jeune comte du Poitou, Raymondin, galope dans la forêt et l'aperçoit. "Je t'attendais" dit la fée. Elle accepte son amour, mais lui fait jurer de ne jamais la contempler nue le samedi.

    Comblée, Mélusine donne naissance à 10 garçons bizarres : Antoine à une griffe de lion sur la joue, Guion un oeil plus haut que l'autre, Geoffroy une dent de devant grande comme le pouce, Urian un oeil rouge et l'autre vert, Oron des oreilles de chien phosphorescentes, Fromond le nez en trompe d'éléphant, Thierry un corps de singe, Raymond la chair transparente, tandis qu'Armand est haut comme trois pommes, Renon très grand mais affligé d'une langue qui traîne par terre...

    Un samedi, poussé par son beau-frère jaloux, Raymondin regarde Mélusine, nue dans sa baignoire. Il aperçoit l'atroce queue de vipère au bas du corps aimé. La fée, surprise, disparaît dans une fureur d'éclairs et de tonnerre. Mélusine ne revient de l'univers des esprits que lorsque l'un de ses descendants va mourir. Elle lui apparaît en songe, telle une vieille femme aux longs cheveux blancs, dont les yeux sont rougis de larmes.

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  • La forêt des Landes, une immensité d'arbres, de marais et de sables. 

    Il était une fois la forêt marécageuse des Landes. Les farfadets filent entre les arbres ou zigzagent sur l'eau des étangs noirs. Ces gnomes sont rapides et lumineux. Bleuâtres, à coeur orange. On les assimile aux feux follets dont le chimiste explique que ce sont des flammes nées de la combustion spontanée du méthane, un gaz issu des décompositions naturelles de la vase.

    Un jour, une mouette blessée se présente au portail du château d'un méchant seigneur, sur la rive du bassin d'Arcachon. Elle raconte qu'elle est la fille de la mer, qu'elle peut prendre à son gré toutes les formes, par exemple, devenir coquillage, crabe, poisson, dauphin ou baleine.

    Elle demande à ce qu'on lui soigne son aile. Le maître des lieux éclate d'un rire sinistre ; avec ses serviteurs aussi cruels que lui, il chasse l'oiseau à coups de pierres. 

    Le lendemain, un poisson se présente dans les douves du manoir ; il a la nageoire abîmée, il demande de l'aide. Les hommes tentent de le harponner pour le faire cuire ; l'animal s'en échappe. Le jour suivant, un mendiant sonne à la grille. Il a le bras en écharpe, il réclame asile et soins : on le repousse, il manque d'être lapidé. L'étrange homme maudit l'égoïsme des gens du lieu, et prononce une sentence terrible : "Cruels humains ! Trois fois vous avez renié votre humanité : vous aurez l'éternité pour expier !"

    Le vagabond marche vers la mer. Il entre dans les vagues. Il se métamorphose en baleine. Le monstre file au large, avant de revenir à toute vitesse vers la côte. Sa nage écumante évoque celle du Léviathan de la Bible, dont le sillage brille et qui répand l'épouvante. Haut comme une colline, le colosse fonce sur le château du mauvais maître en ouvrant un chenal par lequel l'océan s'engouffre. Les vagues submergent le manoir et ses habitants. La malédiction s'accomplit : depuis lors, les âmes des noyés errent sur les étangs noirs, devenues farfadets ou feux follets.

    Quant à la baleine, elle se retire jusqu'à la côte, qu'elle barre de sa masse en se changeant en sable. Elle devient la plus haute dans l'Europe : la dune du Pilat (ou du Pyla). Elle préserve la forêt landaise de nouvelles incursions de l'océan. 

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  • Il était une fois, dans la forêt des Maures, entre la plaine de Vidauban, les eaux de l'Aille et la chartreuse de la Verne, une simple tortue comme on en rencontre encore dans la contrée. Une tortue d'Hermann à la carapace jaune marquetée de noir ; celle-là même que La Fontaine oppose au lièvre dans sa fable... 

    Elle se hâte avec lenteur. Elle "a le temps" ; même si, désormais, la "civilisation", le béton, la pollution et les incendies menacent son espèce. On se demande pourquoi les tortues ont une carapace. Une légende du pays des Maures apporte la réponse.

    Au commencement du monde, peu après la Création, les tortues ont le dos nu et sont vulnérables. En ce temps là, elles sont capables de marcher et de courrir sur leur deux pattes. 

    Un jour, un grand loup réunit les animaux de la forêt pour leur offrir un festin. Tous accourent, car l'invitation du puissant carnassier est un ordre. Il y a là l'ours, le lynx, le renard, l'aigle, le hibou, la martre, la mésange, l'écureuil et les autres. Ne manque que la tortue, à qui on envoie un messager : le renard... Celui-ci revient avec une réponse : la tortue n'est pas venue parce qu'elle a horreur de voyager.

    Le grand loup ne peut pas laisser l'offense impunie. Il s'en ouvre à l'assemblée. Doit-on mettre à mort le coupable ? Le geai plaide qu'il faut toujours proportionner le châtiment à la faute. Le grand loup accepte l'argument. Il connaît la magie. Il jette un sort à la tortue et la condamne à la peine suivante : elle qui déteste bouger ne marchera plus qu'à grand peine, en se traînant sur le ventre, désormais le plus lent de tous les animaux. Et, puisqu'elle répugne à sortir de chez elle, elle portera définitvement sa maison sur son dos.

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